accueil Groupe Novembre Monique Cabasso Chong Jae-Kyoo Xavier Lucchesi Olivier Perrot Salvatore Puglia Martial Verdier

 

... et plus si affinités

 

     

Le geste de froisser

Monique Cabasso réalise des œuvres qui sont comme des galaxies que l’on aurait pêchées quelque part dans l’univers avant de nous les présenter, certes un peu froissées, mais rien de plus normal après un si long voyage. Le geste qui est au cœur des œuvres de Monique Cabasso, c’est celui de froisser. Et ce qu’elle froisse n’est rien d’autre que des feuilles de papier photographique qu’elle a préalablement mouillées. Chacune de ces feuilles est bien sûr d’abord une photographie. Pas de photographie sans motif, pas de photographie sans référent, mais aussi pas de geste plastique sans violence faite à l’image, à sa netteté, à son aspect lisse, à sa perfection de vêtement repassé. Pas de photographie sans espoir de sauver le réel.

Or, le geste plastique de Monique Cabasso vient contredire cette prétention de l’image. C’est un geste fortement iconoclaste, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. En fait, c’est plutôt un geste de révolte, révolte contre la platitude réelle des images, révolte contre leur perfection de parade, révolte contre leur puissance d’assignation du réel à se tenir droit face à nous dans le champ de la représentation.

C’est aussi et surtout un geste plastique. Il s’agit de rendre au motif l’une de ses dimensions. Mais c’est surtout un geste créateur. En effet, le geste de froisser fait naître des plis sur la surface, un peu comme les ondes sur l’eau après la chute d’une pierre. Cette infinité de plis donne à l’image une vie matérielle nouvelle. Ces strates improbables apparaissent alors comme ayant en quelque sorte toujours appartenues au visible mais n’ayant jamais été révélées. À l’évidence ce geste plastique et iconoclaste est donc aussi un geste d’amour.

Rendre à l’image une épaisseur au moyen d’un geste, celui de froisser en particulier, c’est non seulement faire parler le corps « dans » l’image par le geste, mais c’est faire paraître « dans » l’image ce qui en général y est occulté : les tremblements de la vie même.

Il n’y a pas d’affectation dans le geste de Monique Cabasso mais bien la tentative de faire se lever, comme se lèverait des profondeurs de la terre un volcan, le continent des affects, sensations, peurs, désirs, incertitudes, espoirs.

En donnant à ses œuvres une forme souvent proche du cercle instable et mobile des galaxies telles qu’on les imagine, Monique Cabasso projette la représentation dans le cosmos et fait de l’image un appareil de capture du cosmos. Elle nous dit que ces « soleils brouillés », chers au poète, sont à la fois l’improbable sol de nos passions et l’avenir de nos espoirs. Entre les deux, l’image rêve de pouvoir fixer de la mémoire des hommes et du temps. Mais ici, sous les mains « froisseuses » de Monique Cabasso, elle se voit saisie dans une perspective inverse de celle dans laquelle on la voit d’habitude. Le motif est ce caillou qui, tombé dans l’eau plate de l’univers, est en train de se métamorphoser sous nos yeux. Plongée dans les atomes stellaires, l’image tremble et plie. Les mains agiles de Monique Cabasso sont alors celles qui, ayant pétri la mémoire et le temps, font apparaître comme au sortir d’un cauchemar la vérité du visible, comme étant ce qui émerge du chaos des atomes et continue de vivre sur l’envers du temps.

Jean-Louis Poitevin, Paris 2009

 

cv
Monique Cabasso

modifie la structure de l'image et sa perception par froissement et collage

 
 

manège

 
  contact