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Les images de CJK
 

 

Le geste de découper

Il y a dans les œuvres de Jae-Kyoo Chong la présence d’un geste obsessionnel, celui de découper. En effet, avant toute chose ce qui frappe et cela depuis qu’il s’est consacré à son travail de photo-plasticien, c’est que chaque œuvre est traversée de bandes fines. Une fois passé le premier moment de trouble devant ces œuvres qui sont à la fois absolument visibles et lisibles, et pourtant traversées par un brouillage généralisé, il est aisé de comprendre qu’au commencement il y a une image et que cette image a été découpée en lamelles. Il est tout aussi aisé de comprendre que ces lamelles ont été par la suite recollées. Il est encore plus aisé de voir que ces lamelles ont été tissées avec d’autres lamelles de papier d’emballage marron. À l’évidence notre besoin de reconnaissance est en général satisfait lorsque nous pouvons reconnaître le motif de départ de l’œuvre, un portrait de telle personne, ici le nouveau président des USA, Obama, tel lieu, ici par exemple le temple de Gyeongju, lieu hautement symbolique en Corée. Mais notre vision n’en est pas moins dérangée par le décalage et le tissage de l’image avec des bandes ne contenant aucune information et qui se mêlent dans la recomposition de l’œuvre.

Le geste de découper et de recomposer l’image est en fait pour Jae-Kyoo Chong l’affirmation de la nécessité de la prise en charge, dans l’acte de voir, de cette dimension oubliée de la vision qu’est l’hallucination.

En effet, une hallucination n’est pas tant la vue certaine et claire de quelque chose qui ne serait pas présent dans la réalité et ne serait donc pas perçu par le regard, que le signal d’une vibration signalant l’instabilité chronique du visible.

À travers ce geste de découper et de recomposer en tissant une image originelle, Jae-Kyoo Chong pose l’équation suivante : voir, c’est halluciner, puis corriger et enfin établir l’image. Voir, c’est sentir avant toute chose que ce que l’on voit n’est pas nécessairement réel et vrai, mais que c’est le fruit d’une alchimie secrète. Voir, ce n’est pas recevoir une information mais percevoir quelque chose qui n’a pas de forme définie. Ensuite, voir c’est constituer à partir des tremblements de ces éléments purement visuels, quelque chose qui s’adresse à la part rationnelle de notre esprit. Et ce quelque chose ainsi recomposé devient porteur d’information.

Le geste plastique complexe de Jae-Kyoo Chong fonctionne comme une métaphore active du geste de voir. Ou plutôt comme sa transcription. Ce qui nous est donc ici donné à voir, c’est moins une image qu’un processus. Héritier des AVANT-GARDES du début du XXe siècle, des formalistes russes et de Mondrian en particulier, Jae-Kyoo Chong assume parfaitement ce qu’elles nous ont appris, à savoir que ce que l’on a longtemps appelé le motif ne touche pleinement le spectateur que s’il est porté par la mise en abîme du processus même de la perception. Ce que le geste plastique de découper et tisser de Jae-Kyoo Chong sait rendre avec une actualité renouvelée, c’est d’éveiller en nous, par des moyens rationnels, notre puissance d’hallucination sans laquelle le réel resterait sinon invisible du moins aussi froid qu’un cadavre.

Jean-Louis Poitevin, Paris 2009

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Jae-Kyoo Chong

déstructure, découpe et mélange, l'intégrité de la représentation en mettant en évidence le jeu entre le lieu photographié et le regardant

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