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Xavier Lucchesi

joue entre les structures apparentes et cachées et les paradoxes de forme

 

Le geste de transpercer

La photographie a pour point de départ l’opacité de la matière et sa capacité à renvoyer la lumière. Xavier Lucchesi a travaillé dans le champ de la photographie publicitaire, mais il a décidé, il y a bientôt quinze ans, de se consacrer à une œuvre artistique dont l’image serait le médium mais dont l’appareil photographique serait absent.

Il a pour cela choisi de travailler avec d’autres appareils qui permettent eux aussi de produire des images mais des images d’un autre genre. En recourant à des appareils à rayon X et aujourd’hui aux scanners les plus performants, Xavier Lucchesi produit des images à partir d’un geste qui n’est pas lié habituellement à leur production, celui de transpercer la matière.

Transpercer, pour Xavier Lucchesi, ce n’est pas faire un trou dans la matière mais bien passer à travers elle. Les rayons X, on le sait, ont cette propriété de passer à travers tout et lorsqu’ils viennent heurter une surface adéquate placée derrière l’objet, ils semblent avoir charrié avec eux l’ombre du réel. Du moins est-ce ce qu’ils nous donnent à voir : des fantômes. Et avec les fantômes, bien sur parfois, ils nous livrent des secrets.

On le comprend, transpercer ne peut être compris comme ce geste de traverser la matière, car il ne permettrait que de voir de l’autre côté. Et de l’autre côté ce serait toujours la même réalité.

L’enjeu du geste de transpercer, c’est de permettre de voir à la fois à travers et dedans. Transpercer est donc un geste humain, mais un geste qui ne peut être accompli que mentalement si l’on est visionnaire ou par un appareil particulier. Transpercer, c’est donc le geste du voyant lorsqu’il vous regarde droit dans les yeux et voit dans vôtre âme. C’est le geste de l’appareil à rayons X qui regarde la matière et voit ce qu’elle recèle en elle-même.

Lorsque Xavier Lucchesi travaille à partir d’images existantes, de toiles de maître, comme celles de Picasso par exemple, il nous révèle, non pas l’envers des choses, mais le drame même de la vision. L'œil ne peut pas traverser la matière sauf à inventer ce qu’il pourrait y voir. Les œuvres de Xavier Lucchesi nous rendent à nous qui ne savons plus croire, un peu de cette puissance magique du regard visionnaire. Les images qu’il produit rejoignent en notre esprit les pures inventions de nos cerveaux.

C’est là que se joue toute la puissance du geste complexe de traverser le visible. Il fait se rejoindre la puissance technique et la puissance souvent occultée du cerveau de simuler pour réussir à construire ce qu’il ne sait pas encore ou ce qu’il ne voit pas encore.

Le travail de Xavier Lucchesi est tout entier tendu entre ces pôles qui semblent se repousser, s’exclure même. C’est pourtant à montrer la réalité de leur unité possible dans le psychisme que ces œuvres participent. Elles touchent alors la mémoire et dans la mémoire, elle révèlent des strates dont on ignorait qu’elles pouvaient exister en nous, comme dans l’histoire. Transpercer, c’est le geste technique et mental qui reconduit sur le même niveau l’oubli et le présent et les éclaire l’un par l’autre.

Jean-Louis Poitevin, Paris 2009

 

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