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Le geste de disperser

Olivier Perrot fait de la photographie sans appareil photo. Sans aucun appareil au sens matériel et concret, mais bien avec un certain appareillage, le papier et les diverses solutions chimiques nécessaires à l’apparition de l’image. Olivier Perrot fait des photogrammes. Il lui suffit de poser ce qu’il veut photographier sur le papier et de l’y laisser le temps nécessaire à l’impression directe des formes.

On pourrait donc croire que le photogramme réalise le vœu secret de toute photographie : être une capture de l’objet même et attester absolument de sa présence au moment de la « prise de vue ». Cette présence est cependant d’un genre particulier. En effet, corps et objets, lorsqu’ils sont convoqués sur la feuille de papier, ne sont pas saisis tels qu’en eux-mêmes mais bien emportés par une sorte de déformation.

En fait, une fois posés sur la feuille, ils ne restent pas immobiles. Même s’ils ne se déplacent pas, ils sont pris par des mouvements divers de contraction et d’extension. C’est en tout cas ce que les photogrammes nous permettent de voir, non pas un objet dupliqué, mais un phénomène complexe en train d’avoir lieu. Les formes s’étirent ou semblent s’étaler en tout cas les contours se déforment emportés par un tremblement particulier.

Ces limites deviennent floues sous nos yeux presque en direct. Elles témoignent donc moins de la présence de l’objet que de ce qui échappe en général aux photographies traditionnelles, le fait que la présence d’une chose ou d’un être est en fait un événement composé d’une infinité d’instants que l’on ne peut saisir. Mais là où la photographie, attirée par le constat, va par principe gommer ces tremblements, le photogramme les enregistre. Ce phénomène peut être défini comme le geste même du photogramme et nous lui donnerons le nom de dispersion.

Dans ses œuvres récentes, Olivier Perrot donne à ce geste de disperser une dimension supplémentaire. En choisissant de laisser couler poussière ou pluie sur la feuille de papier photographique, il montre que la tentative de chercher à retrouver la présence d’un objet est en fait une manière de rester prisonnier du moment de la reconnaissance dans la lecture de l’image. Par ses gestes de dispersion affirmés que sont les photogrammes de pluie ou de poussière, il nous conduit à appréhender le mystère de la vision.

Voir est tout sauf une activité passive. Mais l’esprit, tendu vers la capture des informations que la réalité nous envoie, occulte par nécessité ce qui lui semble de peu d’importance, c’est-à-dire sans danger. La vision artistique est à elle seule une forme de mémoire vivante de la vision active dont le modèle, oublié aujourd’hui est la vision intérieure.

Or ce qui caractérise le geste de dispersion dans les photogrammes d’Olivier Perrot, c’est précisément qu’en faisant trembler les limites de l’objet, en montrant que ses limites réelles sont instables, il nous renvoie à l’activité même de la vision. Cette activité est double : saisir le fait que les atomes emportent le réel dans un mouvement infini de dispersion et saisir ces mêmes atomes dans une forme afin de pouvoir les appréhender dans leur consistance matérielle, la seule avec laquelle il nous est possible de vivre. Seuls les photogrammes réussissent ce prodige de nous montrer les deux.

Jean-Louis Poitevin, Paris 2009

Olivier Perrotcv

Olivier Perrot

Plasticien Photographe, Olivier Perrot travail le rapport direct avec le papier photographique, une confrontation brute du "réel" et de son image, médiatisés par la seule lumière, à la manière des ombres.

Olivier Perrot 4 photogrammes de pluie 40 x 56 cm, 2009

 
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