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Salvatore Puglia

modifie la structure physique de l'image et met en évidence le projet initial des photographes et commanditaires.

 

Le geste de superposer

Les œuvres de Salvatore Puglia se déploient à partir du vaste domaine de la mémoire. Pour lui la photographie est porteuse d’une dimension connue de tous et pour laquelle le plus souvent on l’utilise, enregistrer et conserver des traces du passé. Et pourtant les photographies qu’il prend et les œuvres qu’il présente à partir de ces images ne ressemblent en rien aux photographies que l’on s’attendrait à trouver chez un photographe enregistrant le passé. Car son véritable sujet ce n’est pas le souvenir, c’est la mémoire en tant que faculté et que mécanisme psychique nous permettant de nous orienter dans notre relation au présent.

La mémoire est un phénomène complexe et au sujet duquel les questions restent plus nombreuses encore que les réponses, comme le savent les neurologues. Elle n’a cessé de fasciner les hommes depuis la plus haute Antiquité. En effet, d’une part, en tant que faculté, elle ouvre la porte sur l’infinité du temps et d’autre part, en tant que processus, d’accumulation et de sélection, on peut dire qu’elle occulte souvent ce à quoi elle semble donner accès.

La mémoire recouvre ce qu’elle dévoile parce que, quoique pièce maîtresse dans notre perception du déploiement temporel, elle est elle-même soumise à des variations qui échappent à toute logique temporelle. C’est cette contradiction inhérente à la mémoire et qui en constitue le cœur secret que mettent en scène les œuvres de Salvatore Puglia.

Ses œuvres vont chercher dans les marges de l’histoire, dans ces zones où précisément c’est l’oubli qui est au travail, quelques traces apparemment anodines et pourtant toujours signifiantes. Ces traces, il les reprend, les photographie, les retravaille en les associant à d’autres éléments récents ou plus anciens encore, des éléments picturaux, textuels ou plastiques. Au lieu donc de projeter en pleine lumière un aspect oublié, il l’utilise pour le révéler en montrant métaphoriquement comment cette occultation a pu se produire.

Le geste de superposer est un geste essentiel parce qu’il est à la fois plastique et pictural, mais aussi mental et réflexif. Il prend en charge ce qui pour la doxa du moment passe pour insignifiant et, par un jeu de recouvrements partiels qui sont en fait autant d’associations secrètes ou évidentes, il révèle et dévoile au cœur même du présent l’impossibilité de l’oubli.

Avec son travail intitulé the Postcard, Salvatore Puglia associe des images anodines prises par lui dans le monde entier, avec la forme stylisée d’un monument important. Ce monument est une sorte de cliché culturel de la ville dans laquelle l’exposition aura lieu. En présentant cette forme au moyen d’une accumulation d’images qui n’ont avec ce monument aucune relation, il pousse jusqu’à son point extrême le paradoxe de la mémoire. La superposition ici est aussi une sorte de remplissage. En effet, il remplit au sens strict la forme stylisée d’un cliché culturel au moyen d’autres clichés culturels. Pourtant, il ne s’agit pas ici d’une simple prise de position critique. Ce qui est visé ici, c’est le cycle « éternel » qui constitue la mémoire. Celle-ci fonctionne en effet au cœur du vivant et de la pensée comme une sorte de méta-projet agissant à chaque niveau de l’existence. Le geste de superposer, Salvatore Puglia le sait, est en fait la seule manière de dévoiler cette présence innommable au cœur de la pensée, de l’art, de la vie.

Jean-Louis Poitevin, Paris 2009

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