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Le geste de dissoudre

Le travail de Martial Verdier, plus que d’autres, questionne sans répit la dimension indicielle de l’image photographique. Toute image assume, sans toujours la rendre perceptible, la contradiction qui forme le cœur vivant de la photographie. Cette contradiction s’exprime par le fait que ce qui est capturé par l’appareil dans le présent de la prise de vue, relève du passé une fois devenu image, mais continuera d’agir sur les spectateurs. Le geste de dissoudre consiste à rendre sensible dans l’image même cette contradiction.

Les œuvres de Martial Verdier inscrivent la dissolution du motif au cœur du processus de leur fabrication. Pour cela, Martial Verdier a recours à un procédé datant des origines de la photographie, le calotype. Cette technique se caractérise par l’élaboration d’un négatif papier reproductible. L’utiliser aujourd’hui ne signifie en rien un désir de retour aux origines et un refus des techniques actuelles. Tout au contraire, il s’agit de rendre compte du questionnement sur « l’évidence » de l’image photographique.

Pour Martial Verdier, cette évidence est une zone, trouble, obscure, instable. C’est pourtant à partir d’elle que se met en place le filet de nos croyances en la puissance des images. Le geste de dissoudre est le geste technique qui transforme l’image zone d’ombre, et le geste mental qui permet de faire émerger au cœur de l’image des forces innommées. Dissoudre, pour Marital Verdier, c’est faire paraître ces forces « sur » l’image et les laisser agir « dans » l’image.

Pour cela, il ne prend pas l’image réalisée pour la tremper dans un bain d’acide, il inclut dans le traitement de l’image, le passage du temps, qu’il accélère à sa manière et l’instabilité chronique de tout être, objet, personne, paysage, lorsqu’il est exposé à la puissance révélatrice et dissolvante de la lumière. Cette dissolution est rendue perceptible par le fait que l’image semble en suspendre le processus alors qu’elle en est le fruit.

La signification apparemment négative du terme de dissolution ne doit pas masquer le fait que pour Martial Verdier, ce processus est le moteur secret de la création photographique. Il désigne le moment de l’apparition de l’inattendu au cœur même du déjà connu.

Zones d’ombre et forces souterraines qui hantent la réalité sont ici portées au jour et adviennent dans le règne du visible. Mais ces puissances d’élévation sont perçues et montrées comme des forces de dissolution. Pour Martial Verdier, le motif n’est donc pas secondaire, il est le vecteur central de son œuvre. Seule le fait que sa présence soit à la fois évidente et niée, permet d’inclure dans le processus de fabrication de l’image la possibilité de sa dissolution.

Ses œuvres récentes traquent certains aspects des paysages qui sont les nôtres aujourd’hui. Nos paysages sont peuplés de créatures inquiétantes et angoissantes, centrales nucléaires ou centres pétrochimiques. Le choix de ces motifs permet à Martial Verdier de conférer au geste de dissoudre une puissance nouvelle, celle de relier dans l’image les aspects les plus secrets de nos processus mentaux et de nos attitudes psychiques avec les réalités les plus grandioses et les plus dangereuses de notre modernité. Il nous donne ainsi à voir la manière dont agissons dans le monde, en créant des « formes » et des « choses » qui sont en fait mortelles et destructrices. Le geste de dissoudre renverse la temporalité de l’image puisqu’il nous montre notre avenir au présent.

Jean-Louis Poitevin, Paris 2009

cv
Martial Verdier

perturbe les repères de la perception, l'image se montre elle-même en même temps que son sujet.

 
 
 
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